( Marcel Charland - Blogue-Média ) - Le 22 septembre 2008, vers 20h10, Mathieu Thibeault et Yannick Boily, tous deux âgés de 15 ans, roulaient en scooter sur le boulevard Père-Lelièvre en direction ouest, pour rentrer chez-eux à L'Ancienne-Lorette, après avoir passé quelques heures en compagnie d'amis à Vanier, comme ils l'avaient sans doute fait maintes fois dans le passé.
Mathieu, au guidon de son engin, est un jeune homme sérieux et prudent qui conduit depuis deux ans.
Un adolescent énormément aimé par ses camarades tant à la polyvalente de L'Ancienne-Lorette qu'à la Camaradière à Duberger sans oublier ses ami(es) de Vanier.
Un étudiant intelligent, premier de classe, qui réussissait dans tout ce qu'il entreprenait, notamment dans son équipe de football ''Les Athlétiques'' ainsi qu'en judo où il avait obtenu sa ceinture brune, comme on peut le voir dans les photos qui paraissent sur l'une des vidéos qui lui est consacrée sur You Tube.
Mathieu était l'enfant unique de Nancy McMartin et de Marc Thibault.
Il était la raison de vivre de ses parents.
Mathieu et Yannick étaient loin de se douter, le soir du 22 septembre, qu'Alain Morneau, 38 ans, un individu inconscient, un alcoolique, un criminel, qui plus est un multirécidiviste de l'acool au volant, était lui, au même moment, au volant de sa camionnette grise, avec .25 d'alcool dans le sang et sous l'effet du pot, faisant route sur Père-Lelièvre en direction est, dans le but d'emprunter l'autoroute Robert-Bourassa - comme il l'avait fort probablement fait bien des fois avant - pour retourner chez-lui à Charlesbourg.
L'horrible ''rencontre'' entre le petit scooter conduit par Mathieu et la camionnette de Morneau se produisit à l'angle de la rue de Brugnon et du boulevard Père-Lelièvre, alors que Mathieu s'était engagé dans l'intersection comme le lui permettaient les flèches vertes.
Grillant un feu rouge, Alain Morneau tourne, lui, sur sa gauche sans s'arrêter, se fichant éperdument de la circulation assez dense en cette soirée chaude du début de l'automne.
Il coupe ainsi la route au petit scooter de Mathieu qui ne peut éviter la camionnette qu'il heurte violemment sur la portière droite.
Encaissant le plus gros choc, le corps de Mathieu s'écrase sur la même portière, fracassant la vitre avec sa tête et son casque, pour revoler comme une ''poche de patates'' sur la chaussée, pendant que s'éloigne le véhicule de Morneau qui s'enfuit mais qui reviendra sur les lieux de son crime une quinzaine de minutes plus tard.
Plus ''chanceux'', Yannick Boily s'écrase sur la chaussée, se fracturant le nez ainsi qu'un poignet.
Le pire s'est produit.
Mathieu est sans vie à l'arrivée des premiers répondants, les pompiers de la caserne numéro 5 située sur le boulevard Central à Duberger.
Leurs tentatives de réanimation sont malheureusement inutiles. Le coeur de Mathieu ne fonctionne plus, ses poumons non plus, et son cerveau n'est plus oxygéné comme il le devrait.
Les policiers arrivent rapidement sur les lieux suivis des ambulanciers.
Le jeune Yannick est blessé mais ses fonctions vitales sont intactes et on le place rapidement dans l'ambulance qui le conduira à l'hôpital.
Pendant ce temps, les para-médics tentent eux aussi de réanimer Mathieu mais en vain.
Les policiers appréhendent finalement Alain Morneau, qui titube lorsqu'ils l'amènent, menotté, à la voiture de patrouille pour le conduire en cellule au parc Victoria.
Pour Mathieu, tout est fini. Le choc a été trop grand.
Ses parents sont alertés et se rendent en catastrophe à l'hôpital de l'Enfant-Jésus pour apprendre l'horrible nouvelle.
Suivront cette semaine-là, l'exposition du corps dans un salon funéraire de L'Ancienne-Lorette puis les funérailles en l'église Notre-Dame de L'Ancienne-Lorette et l'enterrement au cimetière situé près de l'église.
Pour Marc Thibeault et Nancy McMartin, commence un affreux cauchemar dont ils sont loin d'être sortis à l'heure actuelle.
D'autant plus qu'après avoir suivi, en compagnie de nombreux amis de leur fils Mathieu, les longues procédures judiciaires au palais de justice de Québec, pendant que Morneau ''rongeait son frein'' au centre de détention de Québec, un juge lui ayant refusé le 10 novembre 2008 la liberté sous caution, ils sont soumis à un autre terrible choc, vendredi dernier, le 20 février, lorsque tombe finalement la sentence tant attendue: 6 ans d'emprisonnement et l'interdiction de conduire pendant les douze prochaines années pour Morneau qui ne réagit pas.
La Couronne réclamait un emprisonnement de 10 ans et l'interdiction de conduire pour le reste de ses jours.
Alain Morneau en était à sa quatrième récidive de l'acool au volant, ayant comparu dans le district judiciaire de Rivière-du-Loup en 1990 ainsi qu'en 1993.
Entretemps, le criminel n'a fait aucun effort pour régler son problème d'alcoolisme, ajoutant même celui de la consommation de marijuana.
Combien de fois a-t-il conduit, bien saoul, tellement qu'il était incapable de marcher, avant de provoquer la tragédie qui a fauché la vie de Mathieu Thibeault, le soir du 22 septembre 2008? On ne le saura jamais!
Une chose est certaine, Morneau n'a jamais pris conscience de son alcoolisme et de ses conséquences. Il a continué de se ficher éperdument des autres et de la vie en société. Et ce, jusqu'à assassiner un adolescent qui aurait fêté ses 16 ans le 23 novembre suivant.
Et devant le juge, vendredi dernier, Morneau est resté impassible, ne montrant aucun signe de regret ni de compassion envers les parents ravagés de Mathieu ainsi que ses amis qui l'aimaient énormément et à qui il manquera pour le reste de leur existence.
Encore une autre sentence ''bonbon'': en fait Morneau ne sera incarcéré que pendant 5 ans et 2 mois, ayant passé les cinq derniers mois derrière les barreaux, ce qui équivaut à une peine de 10 mois, et si sa conduite est ''correcte'' en dedans, il pourra être libéré aux 2/3 de sa peine, soit dans 3 ans.
Quant à l'interdiction de conduire pendant 12 ans, on sait ce que les criminels de l'alcool au volant font: ils se procurent une vieille minoune ou empruntent la voiture d'un ami et conduisent sans permis.
Mais dans 3 ou 5 ans, Mathieu ne reviendra pas, lui. Il n'aura pas une autre chance! Et ses parents le pleureront encore. Et ses amis aussi.
Imaginez le cauchemar de Marc et de Nancy.
La maison de la rue des Ballades est tellement vide et grande depuis le 22 septembre 2008.
La perte soudaine de leur fils et enfant unique est le drame de leur vie.
Comme M. Thibeault l'a révélé dans l'édition de ce lundi du Soleil, il n'y a pas une journée qui passe sans que lui et son épouse ne versent des larmes.
La petite chienne et le chat de Mathieu sont tristes eux aussi et vont se coucher sur son lit pour attendre son retour.
Un retour qui ne se fera jamais.
Jamais plus Nancy n'entendra la voix de Mathieu lui disant « Maman, je t'aime»! Une mort qui aurait pu être évitée.
Alain Morneau avait entre ses mains le destin de Mathieu Thibeault.
La justice avait été clémente, sans doute trop, envers lui les trois précédentes fois où il avait été accusé de conduite en état d'ébriété.
S'il avait eu le moindre sens humain, la plus infime compassion envers la vie des autres, et aussi de la sienne, il aurait admis, comme le dit la première des 12 étapes des Alcooliques Anonymes, qu'il avait perdu le contrôle de ses vies et qu'il avait un sérieux problème de consommation d'alcool. Et il aurait décidé de s'en sortir et se serait fait aider pour guérir de cette terrible maladie. Et il aurait pu en guérir.
Ainsi, il aurait quitté son travail en fin d'après-midi, le lundi 22 septembre 2008, serait peut-être arrêté manger dans un restaurant, puis se serait dirigé vers sa résidence de Charlesbourg.
Jamais sa camionnette ne se serait trouvée sur le chemin du scooter de Mathieu Thibeault qui serait rentré chez-lui et qui serait en vie aujourd'hui, poursuivant ses études au secondaire avant d'aller au cégep puis sans doute à l'université et qui aurait été un très bel actif pour la société tout en continuant de procurer réconfort et bonheur à sa mère et à son père, en leur donnant sans doute de petits-enfants, fruit d'une belle union.
Quel immense et merveilleux pouvoir Alain Morneau avait en sa possession!
Mais, c'est un pouvoir de destruction qu'il a manifesté et il a tué Mathieu.
Et un juge estime que la vie de l'adolescent ne valait pas plus que trois ou cinq ans d'emprisonnement pour un criminel qui, de toute évidence, continuera de s'enfoncer dans son inconscience, son inhumanité et son vice, et reconduira sûrement un véhicule bien saoul dès qu'il en aura l'occasion, après sa sortie de prison.
Voila où en est rendue notre société, notre ''civilisation'' qui valorise les criminels et enterre aussi facilement leurs victimes.
Depuis le 22 septembre dernier, je suis atterré par cette histoire - j'ai rapidement, alors, placé les vidéos de la vie de Mathieu, sur You Tube, sur mon profil Facebook ainsi que toutes les nouvelles parlant de la tragédie - et j'ai souvent pensé à Nancy et à Marc et à leur existence détruite à jamais, à leur deuil aussi cruel.
Et j'ai eu mal, très mal.
Et j'ai souvent parlé à l'esprit de Mathieu lui demandant de ''veiller sur ses parents''.
Nous nous sentons tous impuissants devant une telle situation, devant ces faits incroyables, ces sentences inutiles, qui nous envoient en plein visage l'affreuse réalité qui est ''qu'il n'y a pas de justice ici-bas'', il n'y a que des avocats et des juges insensibles, pognés dans un système qui les relègue à un rôle de marionnettes, ceci dit sans vouloir les excuser, mais qui leur fournit malgré tout une bonne rémunération et un prestige social enviable.
Et que dire de nos législateurs qui ne font rien pour modifier le code criminel, qui se vautrent dans le laxisme et la petite et basse politicaillerie.
Qu'ils ne viennent plus nous dire, dans des pubs dispendieuses diffusées dans les médias, que ''l'alcool, c'est criminel, pensez-y!'' Quelle farce! On ne les croira plus jamais!
Publié par : Marcel Charland
à 11:32:02
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